

C'est pas ma purée, mais bon... j'ai pas réussi à insérer mes images...
Il y a quelques jours, alors que je ronchonnais sur mon sort par mail interposé, not’ mère Dodu me rabroua vertement en ces termes exacts: « Bon connard! Arrête de me faire chier avec tes états d’âme de midinette et raconte-nous plutôt tes quelques jours dans les Pyrénées! Au moins, pour une fois, tu sortiras peut-être un truc potable de ta logorrhée coutumière! »…
Piqué au vif, je m’exécute, mais comme je suis de mauvaise humeur, ça va peut-être légèrement transparaître dans mon récit… Je vous laisse juges!
Jour 1 : Cauterets – Sassis.
Nous partons, mon frangin et moi, de fort bonne humeur en direction de Luz-Saint-Sauveur. La journée s’annonce météorologiquement parlant merdique, et nous nous régalons d’une tartelette aux myrtilles pour nous donner du coeur au ventre. Le premier col est tout en douceur et, au bout de trois heures, nous basculons sur l’autre versant. J’eus aimé dire que le paysage était sympa, mais on n’y voit goutte: c’est Nacht und Nebel-sur-pâturages… On mange un bout de saucisson sec et une tranche de fromage qui suinte dans son plastique (comme je le détesterai, au cours des jours suivants, ce fromage de pays!)… Autant dire qu’on ne s’attarde pas!
On descend ensuite entre les pylônes des télésièges de Luz-Ardiden (déprimant!) et, vers 17 heures, on vise une aire de jeux à Sassis, dans la vallée, près de Luz. Nous dressons notre campement au coeur de ce havre de paix et entamons ce qui s’avérera être au fil des jours le point d’orgue culinaire de ce périple: le repas du soir! Au menu: soupe lyophilisée, purée grumeleuse, carré de chocolat au lait (un seul! Faut pas gâcher, hein!)… Dans ces conditions, peu étonnant que la soirée ne s’éternise pas. Extinction des feux à 21 heures. Rompez!
Jour 2 : Sassis – Barèges.
Lever sous un ciel gris, café en poudre et pain au lait écrasé au fond du sac à dos… Grumpf!
Emplettes à Luz dans le « Huit à Huit » local: jambon sous vide, fromage de brebis (encore!), sachets de purée (si si!) et soupe en poudre à la tomate. Vous aurez compris que les aliments ne sont pas choisis en fonction de leurs qualités gustatives… Disons plutôt que leur poids se doit d’être inversement proportionnel à leur valeur énergétique… Bref, le chemin de croix ne fait que commencer.
On enchaîne sur une montée éreintante à la sortie du bourg (700 mètres de dénivelé positif en une heure!)… Mon royaume pour une tranche de saucisson! Deux heures plus tard, j’ai changé d’avis…
L’après-midi est sympa, sans trop de grimpette ni d’intempéries, et me ferait presque oublier la perspective du repas vespéral. Pauvre oublieux que je suis!
A 18 heures, le camp est dressé, la pluie nous a rattrapés, et un petit feu improvisé n’est pas de trop pour nous réchauffer. Les nouilles sont collantes, le fromage se met au diapason… Passons! Nous nous calfeutrons sous la tente et rêvons de mets qui nous semblent à tout jamais interdits…
Jour 3 : Barèges – Lac d’Orédon.
Sous une pluie glaciale, le petit dèj’ est expédié. Nous partons à la conquête du col de Madamète, point culminant de notre aventure pyrénéenne (2509 mètres). Le paysage est sûrement très beau… J’en suis réduit à l’imaginer, brouillard oblige. Nous profitons d’un brin de soleil pour manger… devinez quoi… Gagné! Un bout de fromage! Arrivés au sommet, nous ne nous attardons pas: la bise est farouche.
Choc incommensurable dans la descente: nous apercevons l’esquisse d’un début de panorama entre deux nuages! Peu habitué à un tel spectacle, mon attention se délite et j’en profite pour tester la rudesse de la roche pyrénéenne… Nous slalomons entre les lacs d’altitude et nous arrêtons faire trempette au bord du lac d’Aumar. Moment de plénitude. Enfin.
La descente vers le lac d’Orédon est périlleuse et, pour une fois, nous croisons nombre de randonneurs venus en voiture à proximité du sentier. J’ai l’étrange impression d’être décalé…
Arrivés à destination, nous constatons avec amertume que le sorcier d’une obscure tribu africaine a dû nous refiler le mauvais oeil: les nuages sont de retour, le vent itou, et c’est presque avec soulagement que j’accueille la traditionnelle purée fraternellement préparée par mon compagnon d’infortune. Il doit faire 5 ou 6 degrés maxi quand nous décidons de rentrer sous la tente, à 20 heures, la goutte au nez et des stalactites au fond du caleçon…
Jour 4: Lac d’Orédon – Saint-Lary-Soulan.
Grosse journée en vue: nous nous levons à 6h30 pour accomplir les 25 kilomètres (1000 mètres de dénivelé positif et 2000 de descente) prévus. Après le sempiternel café-poudre, nous partons sous un ciel changeant. La journée se résumera en une succession de montagnes russes avec une descente finale à vous casser les genoux, le moment de bravoure étant le pique-nique du midi, enfourné à même le sol, dans une lande désolée, au milieu d’un brouillard à couper au couteau. Mais bon, il paraît que le beau temps est pour le lendemain… J’en profite pour remplir ma poche d’eau à une source qui me semble bien anodine et qui scellera néanmoins la fin de ma transe pyrénéenne…
Pour fêter le retour promis du soleil, nous décidons, une fois dans la vallée, de nous payer l’hôtel, la douche, le resto et tout le confort moderne dont nous avions oublié jusqu’à l’existence. Malheureusement, le mal, tapi dans les replis de mon métabolisme délabré par la succession des efforts, veille. Il attendra le soir, le vil malotru, pour me terrasser par le biais d’une tourista qui me permettra de repeindre plusieurs fois la cuvette des toilettes durant la nuit…
Le lendemain, c’est délirant et diminué par une fièvre tenace que je constate que le soleil est de retour… Ô rage! Ô désespoir! Ô intestins ennemis! Cet ultime signe du destin trace d’un paraphe ironique le point final d’un voyage marqué par les caprices célestes et l’ignominie gastronomique.
PS: j’aurais pu vous parler de mes ampoules, de mes insomnies, du manque d’hygiène… Les moments de rigolade, de complicité avec mon petit frangino, les confidences sur l’oreiller, aussi, je les garde pour moi.
PPS: on repart l’été prochain pour une destination encore inconnue. Si ça intéresse quelqu’un, hein…








